En Bref
Rebecca Corbett du New York Times pose une question essentielle.  «  Pourquoi le harcèlement sexuel est-il si répandu et si peu traité  ?  » Deux journalistes se lancent sur cette piste, Megan Twohey et Jodi Kantor. Elles trouvent de nombreuses portes qui se ferment et une parole, un murmure qui se libère. Au cours de leur progression, elles tombent sur un gros poisson, un monstre, un seigneur d'Hollywood, Harvey Weinstein. Elles remontent la ligne qui, bien souvent, est sur le point de se rompre. Tenaces, les deux journalistes ne lâchent rien, ne tremblent pas devant les menaces voilées, les tentatives de museler leur parole. Au contraire, elles mènent l'enquête, creusent le sillon et dévoilent le plus grand scandale à ce jour, dépassant le harcèlement sexuel. C'est pas à pas, de façon minutieuse, que nous suivons cette plongée dans un monde à l'image de la série Dallas (ton univers impitoyable). Jusqu'à la dernière minute, la tension demeure publiée (ou pas  ?)
She Said est un film d'investigation sobre. Maria Schrader choisit la voie du minimalisme, de la vérité pour raconter cette route suivie pas à pas, longue et rigoureuse. Il manque un soupçon d'action, de rebondissement spectaculaire, peut-être un ou deux cadavres. Le film se situe dans la lignée de Spotlight qui sacrifiait un peu à la fiction, tout en restant fidèle à l'enquête. La tension est surtout intellectuelle. Elle se joue sur un rapport de forces entre le producteur puissant et le New York Times.C'est un cinéma proche de la vérité, peu propice au sensationnel. Ce sont des heures de recherches, de témoignages, de documents compromettants. Les deux jeunes femmes marchent sur une ligne tendue, funambules, souvent proches de la chute. Elles ne lâcheront jamais, persuadées que leur enquête est juste. Elles ignorent encore la tempête qu'elles provoquent, donnant naissance au mouvement Me Too, libérant la parole. C'est le début d'une révolution planétaire qui n'a pas fini de secouer le monde.Il reste encore du chemin à faire sur l'égalité des salaires, sur des secteurs entiers encore sous le poids de l'omerta. She Said replace le journalisme d'investigation au centre de la société. Il est dommage que le choix d'une réalisation minimaliste éloigne une partie du public. C'est justement l'intérêt du film de ne pas être étouffé, muselé par une forme plus bling-bling. Les deux actrices sont remarquables dans un jeu tout en profondeur, dont Zoe Kazan petite-fille d'Elia Kazan, réalisateur de Sur les Quais. She Said mérite d'être vu pour son sujet et le long travail d'un journalisme d'investigation, loin de l’agitation médiatique superficielle portée par Hollywood.Patrick Van Langhenoven