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affiche du film Polisse

Polisse

  • Policier
  • France
  • 2h07

Un film de

Maïwenn

Avec

Karin Viard , JoeyStarr , Marina Foïs

En Bref

Beaucoup ont été surpris à l'annonce de la sélection en compétition du nouveau film réalisé par la comédienne Maïwenn passée derrière la caméra avec “Pardonnez-moi” et qui avait récidivé avec “Le Bal des Actrices”. Le moins que l'on puisse dire, c'est que ce troisième essai est une grande réussite. Elle nous plonge dans le quotidien de la BPM, la Brigade de Protection des Mineurs, confrontée à des crimes terribles, qui frappent des enfants. Viols, incestes, les cas sont graves, douloureux et le scénario parvient à confronter ces situations fortes sans les édulcorer ni se plonger dans une description sordide ou complaisante. La plupart de ces cas laissent pantois, et ceux qui commettent ces actes, qu'ils soient jeunes ou vieux, issus de milieux aisés ou pauvres assument avec effroi leurs actes ou sont incapables de les comprendre.

Sa co-scénariste Emmanuelle Bercot, également interprète ( elle est surnommée dans le film Sue Ellen, en raison de ses penchants pour l'alcool ), n'est certainement pas pour rien dans la qualité de ce film qui rappelle évidemment “L627” de Bertrand Tavernier pour sa plongée dans l'univers d'un milieu policier et ses drames, mais aussi ses bons moments. Même si l'enquête documentaire a été faite par Maïwenn elle-même. Malgré un nombre important de personnages marquants, tous existent. Différents sans être des archétypes, ils sont interprétés par des comédiens excellents, le groupe de policiers en tête. Le travail sur les dialogues est particulièrement saisissant et permet de ne pas donner l'impression que les protagonistes sont fabriqués du même bois : ils ont des tics d'éducation et de formation, d'origine mais ils sont différents. Le travail sur la langue dépasse le simple brio de création de dialogues. La scène de fête est un grand moment de cinéma, un exemple brillant de la façon dont on peut créer de l'empathie entre des êtres très différents, unis et attachants. En groupe ou en privé, on découvre et on suit une troupe d'acteurs qui ne brillent pas en faisant des numéros mais en créant de beaux portraits. Les extérieurs dans la vie privée de certains personnages sont d'une grande richesse, entre cocasserie et gravité. Du divorce de Karin Viard et Laurent Bateau malgré leur attachement évident, avec ce beau geste de la comédienne dans le bureau de la juge, de la mélancolie de Marina Foïs, de l'histoire d'amour naissante entre la photographe Maïwenn et le policier Joey Starr, le spectateur est embarqué dans une chronique riche qui mêle moments intenses, drames poignants et humour absurde. La scène du smartphone et de ses fous rires est déjà un des grands moments de comédie de cette année. Le casting est extraordinaire : Jérémie Elkaïm en flic au langage soigné, Frédéric Pierrot en chef de groupe trop empressé d'éviter les conflits ; Sandrine Kiberlain en épouse meurtrie par les comportements cyniques de Louis-Do de Lencquesaing, impérial de cynisme ; la brève apparition de Malonn Lévana, petite soeur rigolote de l'héroïne dans “Tomboy” ; Audrey Lamy en mère aux méthodes bien particulières pour faire taire ses garçons ; Naidra Ayadi en fliquette qui n'a pas sa langue dans sa poche ; Maïwenn dans ses histoires d'amour difficiles ou Wladimir Yordanoff en commissaire trop occupé par la politique. Celles qui se détachent nettement sont Karin Viard et Marina Foïs dans un duo amie/ennemie et dominante/dominée qui finissent par laisser exploser leurs ressentiments respectifs dans un affrontement verbal intense qui trouvera une conclusion bouleversante. La richesse de ce film permet sans souci d'être vu une deuxième fois, et très vite pour en saisir toutes les nuances. Ceux qui jugent la fin faible passent à côté de la complexité de cette scène dans la façon dont on surmonte ou pas ce qui vous blesse. Le montage de cette séquence peut sembler lourd, mais il est remarquablement amené petit à petit, distillé tout au long du film, d'une terrible logique. Anorexie, sautes d'humeur, douleur morale de la personne impliquée, une belle performance. Une grande fin, ce qui n'est pas si courant dans le cinéma français.

  • Studio Canal
  • Format 16/9 compatible 4/3, cinéma respecté 2.40
  • Français Dolby Digital 5.1